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Le 22 octobre 2009:
Emilie avait axée toute sa saison sur un objectif final: la diagonale des fous.
Cela à été un pari payant puisque cela s'est soldé par une victoire en féminine et une époustouflante 31eme place au scratch! (1564 finisher).
Son résumé de course:
Tout est dit en ce qui concerne les paysages, la difficulté du parcours
ou encore les aléas de Madame météo, & le côté importance de la
course là-bas pour les Réunionais, ou comment les locaux nous ont
portés tout au long de notre route, et surtout les gros moyens déployés
par l'organisation, avec le soutient de l'armée sur certains postes
inaccessibles par la route... Bref l'essentiel est parfaitement décrit
par Pierre.
J'ai juste envie d'ajouter finalement quelques souvenirs, en vrac, qui m'ont marqué:
L'attente préalable au départ sous un déluge tropical incessant, nous a
contraint a rester dans une twingo à 3 pour ne pas prendre froid ou
risquer d'être tremper jusqu'aux os en moins de 2'... Jusque là rien de
terrible sauf que ça à quand même duré 4 longues heures....Avant
d'aller simplement prendre l'air, parqués dans le sas de départ sous un
immense barnum ouvert, pour encore 2H d'attente, dont 1H sous la pluie
et debout juste devant la ligne...Ou presque...
Dés le départ, à OHOO, il fallait voir le nombre de locaux venus
encourager les 2600 fous que nous sommes, une haie d'honneur qui a
durer sur plus de 4km de route! incroyable!
Et tout ce beau monde sous les parapluies, sauf mon loulou, qui était
trempé de la tête aux pieds, et qui me crie au passage "allez Emy,
allez!", avec un regard qui en dit long sur ce qu'il attend de moi sur
cette course...Je crois bien que jamais un échange de regard aussi
furtif entre nous 2 n'en n'a dit aussi long...
Autre souvenir marquant: c'est cette fille, dans l'ascension vers le
Piton de la fournaise, que je peux remercier de m'avoir bien servit de
lièvre...
On grimpe dans un couloir très raide avec des marches énormes, nous
obligeant à poser les mains parfois, et c'est très gras, et très
glissant car beaucoup de racines.
Dans ce passage qui constitue une grosse partie de l'ascension vers le
volcan, y' a pas vraiment la place d'être à 2 sur la largeur...Donc,ça
joue des coudes.. Les locaux poussent à droite et à gauche, mais je
suis teigneuse, et j'ai pas vraiment l'intention de laisser ma place,
juste d'en prendre quelques unes, mais pas l'inverse... Alors, je joue
des coudes à mon tour au milieu des poilus...
Et tout d'un coup j'entends une respiration forte derrière moi et pas
vraiment masculine...? Je jette un oeil vite fait, et zut! C'est bien
ce que je pensais, c'est une fille! "Mince qu'est ce qu'elle fait là
elle!?" C'est une locale. En plus, elle n'hésite pas à faire sa place
pour remonter la file toujours dans ce goulet technique;
"Non mais pour qui elle se prend" " elle croit peu être que ça nous
amuse d'être en file indienne bloqués dans des ralentissements!?"
Pas moyen que je la laisse filer; A ce moment de la course, c'est à
dire dans les 20 premiers kilomètres je n'ai aucune idée de mon
classement, mais en tout cas, c'est par pour autant qu'il faut se laisser remonter..
. 
Donc, toujours en assurant un rythme qui ne mette à aucun moment en sur
régime, je me positionne juste derrière la miss, et lui laisse faire le
boulot de nous ouvrir la route pour remonter toute la file, tant bien
que mal avec bien souvent des passages du coup peu assurés, mais tant
pis il faut pas perdre de temps ici... Elle s'éloigne de temps à autre
mais je la garde toujours en vue sans changer de rythme pour le moment.
C'est pas le moment de se cramer.
L'avoir en point de mire est à la fois un bon indicateur, et un bon moteur qui me permet de ne pas relâcher la pression...
Je la doublerai finalement sur la route des volcans, va falloir trouver un autre lièvre! ...
La première nuit a été très très froide... Pas plus de 5° à 2400M et
quand on est trempé de la tête aux pieds, je vous garanti que même en
courant, fait vraiment pas chaud! 
Autre souvenir marquant: Cilaos, 69ème kilomètre. 11H53 de course et je
suis toujours en 2ème position. Pour le moment je suis plutôt contente
car j'ai un bonne heure d'avance sur le timing prévu, le classement est
plutôt encourageant et cerise sur le gâteau, on est a mis parcours, et
les sensations sont très bonnes, le moral est plus que jamais là.
J'avais prévu à Cilaos de faire une pause un peu plus longue pour
manger solide, me changer être au sec, et peu être changer de
chaussures.
Et bien rien ne c'est passé comme je l'avais envisager...
Ce qui devait s'avérer comme une bonne pause c'est transformer en passage éclair et fortement désagréable...
Tout d'abord, à l'arrivée à Cilaos, la 1ère chose que me dit Franck
c'est "ouah, cette fois t'as pris un sacré éclat..." il me sort ça avec
une gueule de 10km de long...
"Comment ça un éclat...? C'est quoi un éclat?!"
Il me répond "la 1ère t'as mis 1H dans la vue"...
Ah ce moment là je crois que j'ai du lui jeter un truc dans le genre "mais j'men fou de la 1ère!...
" Ce que je pensais réellement en plus à ce moment là... Car vu l'écart
qu'on avait depuis le début, je ne m'étais pas imaginer revenir sur
elle.
Bref, je grise mine après cette remarque peu agréable, j'attendais plus de réconfort après 70 km de course, mais bon...
En plus il ne m'a ni apporté les gamelles que j'avais prévu en solide,
ni le ravitaillement en barres énergétique, et ne pouvais pas remplir
mon camel... Bref que du bonheur!
Cerise sur le gâteau il me dit qu'il ne va pas pouvoir me voir avant au
moins 50km car les prochains postes ne sont pas accessibles par la
route... Du coup ça veut dire qu'il ne me verra pas avant le début de
la 2ème nuit, donc il faut dés maintenant que je prévois de porter du
change chaud pour la nuit, ce qui va alourdir prématurément le sac!
pas cool; je prend un coup d'énervement et du coup j'en oubli de mettre
l'essentiel dans le sac: la goretex et je Zappe même de changer de
maillot tellement Franck me met la pression pour que je reparte sans
perdre de temps...Ouuuuh ça ne va pas du tout, je m'énerve mes plans
sont complètement changés et ça ne va pas...
Je change de chaussettes quand même en vitesse, j'attrape 2 Bananes et
je rempli le camel à Surdonf pour éviter de perdre du temps aux
prochains postes. A ce moment de la course il fait chaud, et lourd, et
s'en suit une longue ascension interminable...
Pendant au moins 2 bonnes heures durant j'étais tellement énervée de ce
que venais de me balancer Franck à la figure, ça m'a occuper tellement
l'esprit que j'ai mis les bouchées double au niveau de la cadence.
Je lui en ait voulu à cet instant précis, mais aujourd'hui avec le
recul, je ne remercierai jamais assez de m'avoir mis ce coup de pied au
derrière, ça m'a éviter de mollir, et inconsciemment certainement donné
d'autres ambitions...

Comme je n'avais pas de Goretex, j'ai utilisé mon sac poubelle en guise
de coupe vent/et pluie lorsqu'il s'est remis à pleuvoir vers Marla
(système D, merci le Jura 4 pattes pour l'idée...). Toujours en
pestant, et en ayant tout de même bien attendu d'être de nouveau bien
humide... En désespoir de cause...
Arrivée au ravito des 3 roches, les locaux ont même pris des photos de
la nouvelle tendance fashion que je lançais (lol)"Magnifique collection
lagerfeld Emilie!" Ils ne connaissaient pas le coup du sac poubelle...
ça m'a bien fait rire!
Sur la portion qui mène à Roche plate, un gars s'est mis dans mes
roues.. Je lui dit "passe si tu veux", et il me sort carément "non mais
là je suis un peu dans le dure, alors tu me sers un peu de lièvre
quoi..." sympa le gars! Bon bah ok on va se tenir compagnie un moment
alors; Et mine de rien on avance bien. Du coup un peu avant d'arriver à
Roche plate je lui dit "si tu veux on fait la nuit ensemble?" n'allez
rien imaginez d'autre que simplement le fait d'être à 2 est plus
rassurant, c'est tout...
J'avais 2 angoisses: la 1ère de me blesser, la Snde de me perdre. Et la nuit pour ça, j'étais pas très rassurée quoi...
Il me dit ok;
On arrive à Roche plate, et là grande et belle surprise, qui je vois?!:
Mon loulou, qui est venu à pied, qui a fait une partie de l'ascension
du Maïdo pour redescende à Roche plate ou l'inverse je ne sais plus...?
En tout cas il a fait un gros bout de chemin à pied pour venir faire
l'assistance et m'encourager et ça, ça a été le plus beau souvenir de
la course, ça m'a vraiment donner du beaume au coeur!
C'est arrivé pile quand il fallait en plus: juste avant la tombée de la
nuit, du coup j'ai changé de maillot pour la 1ère fois depuis le
départ, j'ai remis un coupe vent chaud, bonnet, frontale, et c'est
repartit mon kiki; toujours pas de miam miam solide. Cette fois Franck
l'avais prévu, mais pas faim à ce moment là...
Nous repartons gaiement avec mon compagnon de route, et là il me faut
peu de temps pour voir que ça va pas le faire la nuit tous les 2:
J'avale littéralement les montées, et lui, il accuse un peu les
Kilomètres... Je regarde derrière moi, il me rattrape dans la descente
qui suit, "bon, tant qu'il revient sur moi, je jette un oeil, sinon
tant pis je pars".
Et là, quelques minutes plus tard, un gars qui m'avait croisé un peu
avant sur un autre ravito, me dit "je viens de croiser la 3ème il y a
juste 5, 10'"...
"Comment ça la 3ème?!.." j'étais persuadé l'avoir mis dans le vent
depuis de nbrx kilomètres, en tout cas je pensais que l'écart était
largement suffisant pour ne pas vraiment s'en inquiéter... Et bien là
j'ai pris un vrai coup de sang, je ne voulais pas y croire! Je demande
au gars "qui c'est la 3ème? T'es sûre que c'était bien une coureuse et
pas qqlqu'un de l'orga? Elle est comment la fille?" et le gars me
répond "je suis sûre que c'est une coureuse, elle est petite, assez
fine, une quarantaine d'année..."
Et là je ne vous raconte pas, (enfin si je vous raconte qd même...
), un vrai détonateur pour moi ou plutôt voyez le comme le Kérozène qui
me manquait pour finir ces 55 derniers kilomètres; je me suis dit "y a
pas moyen, j'ai pas fait tout ça pour me faire doubler par une
quarantenaire! " Même si je n'ai rien contre les quarantenaire, là c'était une question de principe...Et d'orgueil je l'avoue!
C'est un autre grand moment pour moi de la course, car je n'avais que ça en tête: ne pas me faire rattraper par la 3ème.
C'étais une priorité. Du coup j'ai je suis partie, mais mis "gazdonf"
dans toutes les montées, idem dans les descentes les plus techniques,
en prenant pas mal de risques parfois, en espérant dans le même temps
que la 3ème serait plus craintive dans les descentes et que ça me
permettrai au moins de conserver un certain écart....
Un petit coup de turbot qui a vu suivre l'arrivée de mon coup de
"bambou",au bout de 23H de course, dans la rivère des galets, vers le
ravito de 2 bras.
Il faisait bien nuit donc, et je commençait à ressentir la fatigue;
difficile dans ces conditions, et seule en plus, de suivre le
jalonement du parcours par ces petits tubes fluorescents éparpillés
entre les rochers... La concentration était le maître mot... Traversées
de rivières sur des rochers glissant après le passage des autres
coureurs... Parait même qu'il y avait une corde pour se tenir...Je ne
l'ai pas vu dans le noir... Mais je ne suis pas tombée dans l'eau. Je
crois que j'ai du mettre une fois le pied dedans c'est tout..
Arrive le ravito de 2 bras, ou j'ai fais un passage éclair, 3'
seulement, et encore c'est parce que je me suis fait interrogée par un
journaliste de la radio, qui en live avec son téléphone portable,
m'annonçais que j'avais fait une remontée fulgurante et qu'il venait de
racompagner à la sortie de 2 bras la 1ère à peine 1' plus tôt!!
Incroyable!! Je ne m'attendais à tout, sauf à ça! Du coup, j'ai coupé
court à son interview, et lui ait dit, "bon ben du coup si elle est
vraiment pas loin je vais pas perdre plus de temps..."
L'ascension suivante est très dure: enchainement de coups de cul très
raides, à peine grimpables sans les mains, voir carément avec des mains
courantes... Malgré tout, c'est presque arrivée au sommet de dos d'âne
que je croise Chritine Benard. Une petite tape sur l'épaule à mon
passage, un échange de sourires et des félicitations de sa part, et je
trace ma route.
Arrivée en haut de dos d'âne, j'aperçois Franck entrain de faire un
gros dodo dans la twingo; Je tape au carreau, réveil en sursaut, juste
le temps de lui dire "je suis passée première, je ne m'arrête pas..."
Je crois qu'à ce moment là il était bien dans le coltar et il a à peine
percuté ce que je venais de lui dire...
Je décide de ne plus m'arréter aux ravitos pour gagner du temps.
Maintenant l'idée c'est de ne pas se faire reprendre par Christine. Et
je ne sais pas vraiment dans quel état d'esprit elle se trouve ni quel
est son état de forme.
En route vers la redoute d'un pas bien décidé...
Je vais faire une bonne portion de route avec Benjamin Mauries du GO78.
Un grand, Énorme merci à lui d'ailleurs au passage, pour son soutient
dans l'ascension de dos d'âne et pour sa motivation jusqu'au Colorado;
j'ai adoré faire ce bout de route si mémorable avec lui; Il envoyait
sévère dans les descentes, du coup je ne l'ai pas suivi dans la
dernière descente qui mène à St Denis...Trop rapide pour moi le garçon!
Dernier choix ultime dans la descente: 2 possibilités: le parcours
Blanc, plus court de 2km mais aussi plus technique (bien plus technique
avec même de bonnes portions de remontées...), ou le GR classique, plus
roulant mais plus long.
Je choisi le parcours technique, en espérant que ça me fasse gagner du temps: Erreur, grave erreur si prêt du but!
Interminable ce chemin! semé d'embuches et de pièges un peu partout,
des rochers énormes, bref je panique: " et si la 1ère avait choisit
l'autre parcours plus roulant, et qu'elle soit entrain de revenir sur
moi grâce à ce meilleur choix???..." "je vais perdre ma 1ère place pour
une erreur stratégique de choix dans les derniers kilomètres, les
boules!"
Et je finirai ce grand Raid dans l'incertitude de cette probabilité,
avec le stress de perdre ma place jusqu'à ce que je t'entende de
nouveau à l'approche du stade de la redoute "c'est la première féminine
qui arrive là bas..."

Ouffffff! C'est incroyable! C'est un rêve qui se réalise!
Je donne toute mes forces pour passer sous la flamme de l'arrivée sous la barre des 29H...
C'est fait! 28H58', la victoire en féminine et une belle place au scratch: 32ème sur 2600 partants.
Je suis comblée et arrive à peine à réaliser ce qui m'arrive. Je suis juste contente de l'avoir fait pour le moment...
Un grand merci à mon assistant préféré sans qui cette course n'aurait
pas été la même, merci également à tout mes proches, famille, amis,
pour votre soutient sans qui se rêve n'aurait pu être réalisé, et un
hommage tout particulier à Seb, qui m'a donné une vrai raison de donner
le meilleur de moi même sur cette course.
[emy]
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